HARCÈLEMENT SEXUEL AU TRAVAIL
Ses « farces » lui coûtent son job
ERIC THIBAULT
Le Journal de Québec
Les serveuses de l’hôtel Delta Québec ne se feront plus appeler « les boules » ou « les p’tites fesses » au boulot. Et elle ne se feront plus demander de les montrer...
Le tribunal d’arbitrage vient en effet de maintenir le congédiement d’un employé de cet établissement hôtelier de la capitale, pour avoir multiplié les remarques « vilissantes et dégradantes » à l’endroit de collègues de sexe féminin.
Claude C., qui y travaillait comme serveur depuis plus de 20 ans quand on l’a licencié, au printemps 2009, à la suite d’une enquête inter ne, a eu beau plaider que ses visites chez le psy et la lecture de la Bible lui ont « permis de réaliser qu’il a fait des erreurs qu’il devait regretter » , il n’aura pas la « seconde chance » qu’il souhaitait.
« Faire des farces »
Quatre employées de la salle à manger et du service des banquets ont témoigné de ses « erreurs » — que l’ex-serveur a admises en expliquant que c’était pour « faire des farces » ou « en voulant signifier à la personne concernée qu’elle était bien conservée pour l’âge qu’elle avait » . Elles l’ont dépeint comme un « pervers, contrôlant, colérique et impulsif » , d’après la décision récemment rendue par l’arbitre de grief Jean-Guy Ménard.
« Montre-moi ton ‘ kit’... »
Elles lui ont attribué des propos à connotation sexuelle répétés ( « Avales-tu? » , « À soir, tu vas coucher avec moi » ou « Montre-le-moi ton ‘ kit à 10 000 $ » , à l’endroit d’une serveuse qui avait eu une chirurgie esthétique de la poitrine) et une « conduite vexatoire » ( claque sur une fesse « devant tout le monde » , « léchage » dans le cou). Certaines en avaient peur.
« Souvent, il faisait semblant de frapper madame (...) en se donnant un élan du bras et de la main pour s’arrêter à quelques pouces de son visage (...), ce qui le faisait rire. (...) Souvent, il disait des femmes qu’elles étaient bonnes à rien parce qu’elles travaillaient moins qu’un homme, mais qu’elles touchaient malheureusement le même salaire.
« Il s’agit-là de comportements inacceptables qu’aucun employeur ne doit tolérer » , a tranché Me Ménard, en se disant convaincu que ces écarts n’étaient pas des « incidents isolés » . L’arbitre a assimilé cette « combinaison de paroles humiliantes » et ces « agissements agressifs » à du « harcèlement sexuel » . Il a ainsi conclu que la sanction imposée par la direction de l’hôtel n’avait « rien de déraisonnable ou d’abusif » dans les circonstances.
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