FILLETTE ÉBOUILLANTÉE EN 2007
La gardienne acquittée
Richard Hénault
le soleil
Non seulement le témoignage de Chantal Desfossés a-t-il soulevé un doute raisonnable dans l’esprit de la juge Marie-Claude Gilbert, mais il était même corroboré à certains égards par la preuve de la poursuite, ce qui justifiait amplement l’acquittement de la gardienne accusée d’avoir infligé des brûlures à une fillette de trois ans en la maintenant sous le jet d’eau chaude d’un robinet.
En entendant le verdict, la femme qui fête son 37e anniversaire aujourd’hui a éclaté en larmes et s’est jetée dans les bras de son avocate, Me Sylvie Côte.
L’incident reproché est survenu en novembre 2007 chez l’accusée, qui gardait trois enfants à sa résidence de Shannon, dont la fillette ayant subi des brûlures au premier et au deuxième degré au dos et à une épaule. Dès ce moment, Chantal Desfossés a expliqué qu’après avoir donné le bain à l’enfant qui avait vomi sur elle, elle l’a laissée seule dans la salle de bain, faisant couler l’eau chaude pour rincer la baignoire pendant qu’elle allait chercher les vêtements de rechange de la petite.
Il semble que celle-ci soit retournée dans la baignoire et qu’elle se soit accidentellement brûlée sous le jet d’eau chaude. Elle a ensuite fait la sieste avec les autres enfants, elle a pris sa collation, puis tout le groupe est sorti à l’extérieur.
Selon les médecins experts de la poursuite, la seule conclusion possible était que l’enfant a été maintenue assise sous le jet d’eau. Il suffisait de trois secondes sous l’eau chaude pour causer les brûlures constatées par la suite. Les médecins estimaient impossible que l’enfant se soit infligé les brûlures elle-même, qu’elle ait toléré des vêtements sur ses brûlures et qu’elle ait dormi calmement après les avoir subies.
AUCUNE PREUVE CONCLUANTE
Dans son analyse en profondeur de la preuve, la juge Gilbert rappelle que l’accusée dit avoir entendu un bruit, puis les cris de la fillette. Elle n’a vu aucune preuve concluante tendant à démontrer que l’enfant a été maintenue sous le jet d’eau.
De plus, le témoignage du père venu prendre sa fillette chez l’accusée, en fin de journée, est apparu d’une fiabilité incertaine à la juge, entre autres pour ce qui est de la verbalisation de la fillette à ce moment.
Le témoignage de l’homme, un militaire revenu d’Afghanistan quelques mois plus tôt, différait de celui de sa conjointe. Selon cette dernière, la fillette souffrait lorsqu’elle est arrivée à la maison et elle n’a pas dormi de la soirée. Or, le père a plutôt déclaré que, de prime abord, l’enfant n’avait «pas l’air si en mal que ça» et qu’elle a aussi dormi en route pour leur foyer, puis en se rendant à l’hôpital, quelques heures plus tard.
Dans son appréciation du témoignage de Chantal Desfossés, la juge Gilbert a mentionné : «L’accusée témoigne de manière cohérente, avec clarté et sincérité. Sa mémoire apparaît fiable. Elle n’évite aucune question et répond indistinctement à la partie qui la pose, avec le même souci de compréhension et du détail. Les émotions décrites sont congruentes avec son propos. Elle manifeste de l’émotion par des pleurs, par exemple lorsqu’on lui présente des photos de la brûlure de l’enfant. Son témoignage ne recèle pas d’invraisemblance, d’exagération, d’imprécision ou de contradiction. Elle témoigne sans réticence et sa crédibilité n’est pas ébranlée par le contre-interrogatoire.»
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